Promenade dans les champs

Promenade dans les champs

J'aime cheminer dans la campagne, avec quelques amis, et discuter à bâtons rompus en leur compagnie. Ceux que je préfère sont d'une espèce peu commune. Des gens sains qui vivent leur existence au présent et invitent chacun à faire de même. A leur contact la nature reste neuve, et c'est un plaisir que de les entendre raconter leur dernière occupation domestique. Tel celui-là qui la semaine dernière a refait la peinture dans sa cuisine. Comme lui, nous avons vu le moineau qui s'est posé sur une souche et qui pique du bec sur la mousse à la recherche d'un insecte...
Ses mots ne mentionnent pas l'oiseau, mais ses paroles l'imposent à notre vue, et nous font entendre ses pépiements.
Le rouleau passe et repasse sur le mur, de la peinture coule un peu, et le moineau s'envole chercher sa pitance un peu plus loin, pas bien loin d'ailleurs.
Et de là-bas tout en continuant à piquer du bec sur la branche, il nous regarde marcher, entend notre ami raconter son week-end, et nos rires amusés. Une autre d'entre nous parle de son médecin. Pas pour se lamenter, ce n'est pas le genre de la maison. Elle a mieux à faire que de se plaindre quand elle n'est pas en bonne santé : elle se soigne.
Là, c'est parce que la consultation avait des couleurs souriantes. Toujours le moineau, ou bien c'en est un autre, livré à la même occupation. Mais elle nous dit ça alors que l'air vif a déjà bien rougi le bout des nez, alors sans attendre le moineau volette dans le cabinet de consultation. C'est frais, c'est jeune, c'est vivant et moi j'aime ça...

Quand Lizbeth est allée au cinéma, il y avait un grand bonhomme juste devant elle, et pas moyen de changer de place. Là cest un garenne attardé qui déboule sous nos pieds, et file sans demander son reste vers le plus proche fourré. Alors Lizbeth a parlé à haute voix, et le bonhomme s'est rendu compte du problème, il s'est tassé un peu. Après le film, ils ont bu un café, puis chacun est parti de son côté, satisfait de la rencontre. Le lapin continuait de gratter dans les fourrés, à moins que ce ne soit le craquement du feu de broussailles allumé au milieu du champ par un cultivateur. La fourche envoie des branches jaunies dans les flammes juste comme le marteau me tombe sur les doigts. Le coup classique des étagères, bien sûr, mais à la chaleur du feu qui nous caresse les jambes et nous pique les yeux de façon délicieuse en nous arrachant des larmichettes de plaisir. Ce que je préfère chez eux, c'est la tranquillité de l'existence. Pas de colère quand quelque chose ne marche pas du premier coup. Revoilà le moineau. Ils et elles mobilisent leur adrénaline à bon escient, d'une manière qui profite à eux-mêmes et leur entourage au lieu de blesser.
Le sang recommence à circuler dans les doigts bleuis par le froid, avec un délicieux fourmillement. Tous de rire. Ils et elles sont libres, et respectent la liberté d'autrui. Le moineau réchauffé repart. Pas de ces phrases sournoises et culpabilisantes pour manipuler autrui. L'hiver sera rude, mais heureux et vivant pour qui sait en profiter. Insensibles à l'agression verbale, ils passent leur chemin, choisissant de vivre. Le soleil crève enfin la brume du matin. Sous cette boule encore froide la chaleur humaine et des paroles de vie annoncent une journée heureuse. Pas de tracas pour le lendemain. A chaque jour suffit sa peine. C'est dimanche, bien sûr, mais où qu'ils puissent se trouver, il y a des moineaux, des lapins, des feux de broussailles, des cultivateurs sympathiques et rieurs qui savent vivre leur temps sans s'y soumettre. Les obstacles existent toujours, mais ils se contournent. Le rire éclate de nouveau alors qu'une bouse de vache vient tout juste d'être évitée, in extremis. Même inconvenants, ils demeurent vivants et naturels.Ils commencent à vous parler de ce que en quoi ils croient, mais simplement pour raconter ou vous répondre, sans vouloir vous convaincre ou vous écraser.
La conversation ne finit jamais, même lorsque les paroles s'interrompent alors que chacun s'éloigne à ses affaires. La gelée blanche commence à fondre sur les herbes courtes. La conversation reprendra un peu plus tard, ou même jamais. Seulement, si vous avez aimé le passage d'un moineau, ou l'apparition du soleil, ou encore un poisson rouge, soyez assuré qu'il sera là lorsqu'ils vous adresseront de nouveau la parole, à la prochaine rencontre. Un chat gris s'est approché, s'est laissé caresser, puis s'est éloigné, libre comme l'air.
Sans protocole, sans bonnes manières guindées et stéréotypées, mais le message d'amitié est passé entre les doigts et le poil soyeux. Ils connaissent les codes et les conventions, mais ce sont des langues étrangères qu'ils savent pratiquer quand ils le veulent. Ils ne conduisent pas leurs pensées dans ces langues. Une fois les conventions brisées sous l'impact de leurs paroles directes, on retrouve la vie et la liberté, d'actions, de paroles, de pensées. Des branches remuées au-dessus de nos têtes laissent tomber des gouttes sur nos têtes, les rires reprennent. Nos existences richement remplies nous empêchent de nous retrouver aussi souvent que nous le voudrions peut-être, mais les retrouvailles sont toujours des moments comme aujourd'hui, faits d'une joie simple sans cérémonie. A la table de midi il y aura peut-être de bonnes bouteilles, mais choses qu'on aime, et non parce que ça se fait ainsi ailleurs. Quand d'aventure nous faisons comme tout le monde, c'est par choix et non par allégeance à la culture. Le soleil est haut maintenant. Une journée sur dix-mille différentes, et non la dix-millième reproduction de la même. Les couleurs de la campagne éclatent sous la lumière, l'hiver ne les ternit pas sous nos yeux. Idem pour les couleurs de la vie. Voilà pourquoi j'aime me promener dans les champs, ou n'importe où ailleurs, avec ces amis là.

# Posté le samedi 18 avril 2009 16:31

Modifié le dimanche 19 avril 2009 03:48

Éphéméride

Éphéméride
17 novembre 1977
Distribution dans les bacs du dernier album de Jacques Brel
: « Les Marquises »

Humbles salutations à un immense poète qui nous manque terriblement...

# Posté le dimanche 16 novembre 2008 19:25

Factures (2)

Factures (2)

Parfois le métro parle...
Les secousses bruyantes et répétées de la rame donnent un bruit qui ressemble parfois à de vrais mots... Ainsi dans Manhattan Transfer*, ce bruit de la rame reproduit les mots Manhattan-Trans-fer...
Dans cette rame, ce soir, le train me dit : « Rap- porter - dub -eur »... Fichtre oui, elle m'a dit d'acheter du beurre !
Puis ces mots me bercent, tout le long du trajet...
Arrivé à la maison, c'est le cliquetis de fermeture de la porte d'entrée derrière moi me désenvoute : j'ai oublié le beurre...


(roman de John Dos Passos)

# Posté le mardi 02 septembre 2008 17:27

Mémoire lointaine...

Mémoire lointaine...
SALUT CHOUPETTE

(Été, 1976)
L'après-midi avait dérapé
Sur l'ennui au bord d'une route
Les vélos jetés pêle-mêle
Sur le terre-plein d'un garage.
Nous avions bavardé
A propos des gens normaux
Et des autres, où nous nous classions,Tu étais Choupette
Dans ta tête blonde et bouclée.
Mais nous nous ennuyions,
Nous sommes rentrés vers la ville,
Sommes entrés dans un bar
Comme les autres fois,
Mais tu te rappelles, Choupette,
Cette fois-là, c'était dans l'île.
Les bruits du quotidien pesaient
Sur nos âmes, sur nos c½urs.
Mais alors tu t'es animée
Et comme mue par un ressort magique
Tu m'as parlé,
Tu m'as conté
Des histoires gentilles
De ta grand-mère
Près d'un feu
Dans une cheminée
Où de croustillantes pommes de terre
Se doraient pour le plaisir
Des yeux et des dents...


Pris dans le charme de ta voix chaude
Je t'écoutais, tranquillisé
Emerveillé.
Tu étais Choupette
Dans ta tête blonde et bouclée,
Et ton adresse, c'était,
Tu le disais,
Au bout du Monde !
C'est bien là que tu m'avais emmené
Tes histoires nous avaient raccrochés
A la lumière du jour présent,
Libérés de cet ennui
Du début de l'après-midi.
Tu as continué à parler
Et, de dehors,
Le soleil est entré dans ce bar enfumé
Et, de dehors, le soleil
Est entré en nos c½urs attristés,
Mais plus pour longtemps.
Avec le plaisir et la gaité
Que tu m'as donné ce jour-là
Avec le plaisir et la joie
Qu'on éprouve en retrouvant un jouet égaré.
Et quand tu es rentrée chez toi
Fini l'ennui,
J'avais encore tes histoires dans ma tête
Et ton rire gai encore dans mes yeux.
Salut Choupette !

# Posté le dimanche 24 août 2008 08:00

Revu un 4 juillet ...

Revu un 4 juillet ...

Vu un 4 juillet vers 15h00 :
« Un éléphant,
ça trompe énorméme
nt »
Mais faut voir de qui ça vient !

# Posté le vendredi 04 juillet 2008 15:47