Ses mots ne mentionnent pas l'oiseau, mais ses paroles l'imposent à notre vue, et nous font entendre ses pépiements.
Le rouleau passe et repasse sur le mur, de la peinture coule un peu, et le moineau s'envole chercher sa pitance un peu plus loin, pas bien loin d'ailleurs.
Et de là-bas tout en continuant à piquer du bec sur la branche, il nous regarde marcher, entend notre ami raconter son week-end, et nos rires amusés. Une autre d'entre nous parle de son médecin. Pas pour se lamenter, ce n'est pas le genre de la maison. Elle a mieux à faire que de se plaindre quand elle n'est pas en bonne santé : elle se soigne.
Là, c'est parce que la consultation avait des couleurs souriantes. Toujours le moineau, ou bien c'en est un autre, livré à la même occupation. Mais elle nous dit ça alors que l'air vif a déjà bien rougi le bout des nez, alors sans attendre le moineau volette dans le cabinet de consultation. C'est frais, c'est jeune, c'est vivant et moi j'aime ça...
Quand Lizbeth est allée au cinéma, il y avait un grand bonhomme juste devant elle, et pas moyen de changer de place. Là cest un garenne attardé qui déboule sous nos pieds, et file sans demander son reste vers le plus proche fourré. Alors Lizbeth a parlé à haute voix, et le bonhomme s'est rendu compte du problème, il s'est tassé un peu. Après le film, ils ont bu un café, puis chacun est parti de son côté, satisfait de la rencontre. Le lapin continuait de gratter dans les fourrés, à moins que ce ne soit le craquement du feu de broussailles allumé au milieu du champ par un cultivateur. La fourche envoie des branches jaunies dans les flammes juste comme le marteau me tombe sur les doigts. Le coup classique des étagères, bien sûr, mais à la chaleur du feu qui nous caresse les jambes et nous pique les yeux de façon délicieuse en nous arrachant des larmichettes de plaisir. Ce que je préfère chez eux, c'est la tranquillité de l'existence. Pas de colère quand quelque chose ne marche pas du premier coup. Revoilà le moineau. Ils et elles mobilisent leur adrénaline à bon escient, d'une manière qui profite à eux-mêmes et leur entourage au lieu de blesser.
Le sang recommence à circuler dans les doigts bleuis par le froid, avec un délicieux fourmillement. Tous de rire. Ils et elles sont libres, et respectent la liberté d'autrui. Le moineau réchauffé repart. Pas de ces phrases sournoises et culpabilisantes pour manipuler autrui. L'hiver sera rude, mais heureux et vivant pour qui sait en profiter. Insensibles à l'agression verbale, ils passent leur chemin, choisissant de vivre. Le soleil crève enfin la brume du matin. Sous cette boule encore froide la chaleur humaine et des paroles de vie annoncent une journée heureuse. Pas de tracas pour le lendemain. A chaque jour suffit sa peine. C'est dimanche, bien sûr, mais où qu'ils puissent se trouver, il y a des moineaux, des lapins, des feux de broussailles, des cultivateurs sympathiques et rieurs qui savent vivre leur temps sans s'y soumettre. Les obstacles existent toujours, mais ils se contournent. Le rire éclate de nouveau alors qu'une bouse de vache vient tout juste d'être évitée, in extremis. Même inconvenants, ils demeurent vivants et naturels.Ils commencent à vous parler de ce que en quoi ils croient, mais simplement pour raconter ou vous répondre, sans vouloir vous convaincre ou vous écraser.
La conversation ne finit jamais, même lorsque les paroles s'interrompent alors que chacun s'éloigne à ses affaires. La gelée blanche commence à fondre sur les herbes courtes. La conversation reprendra un peu plus tard, ou même jamais. Seulement, si vous avez aimé le passage d'un moineau, ou l'apparition du soleil, ou encore un poisson rouge, soyez assuré qu'il sera là lorsqu'ils vous adresseront de nouveau la parole, à la prochaine rencontre. Un chat gris s'est approché, s'est laissé caresser, puis s'est éloigné, libre comme l'air.
Sans protocole, sans bonnes manières guindées et stéréotypées, mais le message d'amitié est passé entre les doigts et le poil soyeux. Ils connaissent les codes et les conventions, mais ce sont des langues étrangères qu'ils savent pratiquer quand ils le veulent. Ils ne conduisent pas leurs pensées dans ces langues. Une fois les conventions brisées sous l'impact de leurs paroles directes, on retrouve la vie et la liberté, d'actions, de paroles, de pensées. Des branches remuées au-dessus de nos têtes laissent tomber des gouttes sur nos têtes, les rires reprennent. Nos existences richement remplies nous empêchent de nous retrouver aussi souvent que nous le voudrions peut-être, mais les retrouvailles sont toujours des moments comme aujourd'hui, faits d'une joie simple sans cérémonie. A la table de midi il y aura peut-être de bonnes bouteilles, mais choses qu'on aime, et non parce que ça se fait ainsi ailleurs. Quand d'aventure nous faisons comme tout le monde, c'est par choix et non par allégeance à la culture. Le soleil est haut maintenant. Une journée sur dix-mille différentes, et non la dix-millième reproduction de la même. Les couleurs de la campagne éclatent sous la lumière, l'hiver ne les ternit pas sous nos yeux. Idem pour les couleurs de la vie. Voilà pourquoi j'aime me promener dans les champs, ou n'importe où ailleurs, avec ces amis là.

